I must get hold of, and read, this 2005 book by Doris Garraway. I have been rereading Glissant’s discours antillais and finally understand it, or understand it as it was meant, perhaps. It is a better book than I thought; I always liked Glissant and now I like this book, too. I have it with me in English but it is in French I want to read it.
It reproduces the 1848 letter to Martinican field slaves by French official Louis Thomas Housson. This is a truly devilish document. It, and Glissant’s astute analysis of it, should be read by anyone who works, or who is exposed to propaganda.
Has not your university’s administration made parallel arguments to this:
My friends, obey the orders of your masters in order that you know that not everyone is capable of being in charge. If you think you have something to complain about, confide in your masters in particular, and if you are not heard and you still think you are right, go to the mayor of your district for him to give you guidance.
The republic has given this responsibility to the mayor.
Otherwise, if the higher authorities residing in Fort-de-France (that is the new name for Fort-Royal) are constantly disturbed by your complaints, they will not have time to draft the law and the moment of freedom will be delayed.
The document is very well worth reading in its entirety and I am looking for it in full text. And here it is — served to us by the Nation of Islam. Emphasis of certain passages has been added by them, and reproduced by me. I may add some emphasis of my own later on, using another color, perhaps.
PROCLAMATION DE LOUIS THOMAS HUSSON,
Directeur provisoire de l’intérieur pour la République FrançaiseAux cultivateurs esclaves. Mes amis: Vous avez tous appris la bonne nouvelle qui vient d’arriver de France. Elle est bien vraie: C’est M. le Général Rostoland et moi qui vous l’avons apportée. Nous avons pris la voie du Steamer pour arriver plus tôt. La liberté va venir! Courage, mes enfants, vous la méritiez. Ce sont de bons maîtres qui l’ont demandée pour vous : M. Pécoul, M. Bence, M. Froidefond des Farges, M. Lepelletier St-Rémy, M. Perrinon, MM. de Jabrun et Raizet, de la Guadeloupe. – Tous les maîtres qui se trouvaient à Paris se sont réunis et ont chargé ces Messieurs de demander votre liberté au Gouvernement, qui y a consenti. Louis-Philippe n’est plus roi! C’était lui qui enrayait votre libération, parce qu’il voulait que chacun de vous se rachetât, et la République au contraire va vous racheter tous à la fois.
Mais il faut que la République ait le temps de préparer les fonds du rachat et de faire la loi de la liberté. Ainsi, rien n’est changé, jusqu’à présent. Vous demeurez esclaves jusqu’à la promulgation de la loi. Alors M. le Gouverneur Rostoland m’enverra vous dire: La liberté est arrivée, vive la République!
Jusqu’alors, il faut que vous travailliez d’après les prescriptions de la loi pour le bénéfice des maîtres.
Il faut prouver que vous comprenez que la liberté n’est pas le droit de vagabonder, mais bien le droit detravailler pour soi-même. En France, tous les gens libres travaillent plus encore que vous qui êtes esclaves, et ils sont bien moins heureux que vous, car là-bas, la vie est plus difficile qu’ici.
Mes amis, soyez dociles aux ordres de vos maîtres pour montrer que vous savez qu’il n’appartient pas à tout le monde de commander. Si vous pensiez avoir à vous plaindre, confiez-vous à vos maîtres en particulier, et si vous ne pouvez vous entendre, et que cependant vous pensiez avoir raison, adressez-vous alors au maire de la commune, pour qu’il vous éclaire. La République a confié cette mission à M. le maire. S’il faut, autrement, que les autorités supérieures qui résident à Fort-De-France (c’est ainsi qu’on appelle aujourd’hui le Fort-Royal), se dérangent à chaque instant pour entendre des plaintes, elles n’auront pas le temps de préparer la loi et le moment de la liberté sera retardé. Votre sort est donc dans vos mains! Souvenez-vous de ce qui est arrivé à la Guadeloupe! Du temps de vos pères, la République existait en France; elle proclama la liberté sans indemniser les maîtres, sans organiser le travail. Elle pensait que les esclaves auraient compris qu’ils devaient travailler et s’abstenir de tout désordre.
Les Anglais s’emparèrent alors de la Martinique, et vos grands – pères ne furent pas libres. A la Guadeloupe, qui échappa à ces ennemis, tout le monde fut libre, mais les anciens esclaves abandonnèrent leur travail et devinrent plus malheureux de jour en jour. Après sept années de liberté, ils obligèrent la République de les remettre en esclavage. Voilà pourquoi vos camarades de la Guadeloupe sont esclaves jusqu’à ce jour! Je suis convaincu que vous montrerez, mes amis, plus d’intelligence et que vous ne prêterez point l’oreille aux mauvais sujets: vous n’écouterez, vous, que les personnes honnêtes. N’écoutez pas, surtout, les libres oisifs. N’oubliez pas que ceux qui craignaient que vous ne voulussiez plus travailler une fois libres disaient: Voyez que d’affranchis sont devenus oisifs! Vos ennemis, ce sont les paresseux! N’ayez pour eux qu’une parole: Allez au travail et laissez-nous mériter notre liberté… M. le Curé est là pour vous dire qu’il faut travailler et se marier pour obtenir les récompenses de l’autre vie. Demandez-lui conseil lorsque vous aurez un sujet de défiance. Songez que c’est la religion qui la première prêcha la liberté au temps où les blancs eux-mêmes n’étaient pas libres. Le Christ est né dans une étable pour enseigner aux gens des campagnes qu’ils ne doivent pas se plaindre de l’humilité de leur naissance. Il a permis qu’on le mît à mort sur une croix (c’était le supplice de l’esclave en Judée), pour que les malheureux ne vissent dans ses prêtres que des amis destinés à bien les guider. Allons.
Mes amis, ayez patience et confiance! Si je vous écris, c’est parce que je n’ai pas le temps de vous aller voir tous. Je viens, d’ailleurs, de visiter St-Pierre, le Prêcheur, le Macouba, la Basse-Pointe, et je suis pressé de rentrer chez moi pour travailler à la loi qui va vous donner la liberté. Aujourd’hui, je suis tranquille, car j’ai vu vos camarades; ce sont de braves gens qui savent comprendre la liberté. Vous êtes tous de même, j’en suis sûr. J’aurais voulu que vous vous fussiez tous trouvés avec moi chez M. de Courcy. Quand j’ai annoncé à son atelier que tous ils allaient être libres, tous, ils se sont écriés: Merci M. le Directeur! Vive le travail! Vive Monsieur! Vive Madame! Et le soir, ils donnaient une sérénade à leur maîtresse. Pendant le dîner, ils m’avaient envoyé onze hommes mariés, qui m’ont présenté leurs femmes et m’ont chargé, au nom de l’atelier, de remercier la République. Mes amis! Cela était beau! cela prouve que l’atelier avait compris que dans la société les gens mariés sont les plus honorables et les plus dignes de venir promettre à la République que les esclaves désormais se marieront pour avoir un vieux père, une mère, une femme et des enfants, des frères et des soeurs, toute une famille à nourrir et à soigner, parce que ainsi tout le monde sera obligé de travaillerquand tout le monde sera libre.
Adieu, mes bons amis, je viendrai vous voir les uns après les autres. Quand vous voudrez manifester votre joie, criez:
VIVE LE TRAVAIL! VIVE LE MARIAGE! Jusqu’à ce que je vienne vous dire: La loi est arrivée. Vive la Liberté!
La présente circulaire sera adressée à MM. les maires des communes pour être affichée aux portes de la Mairie, du Presbytère et des Hospices. Il en sera, par leurs soins, transmis des exemplaires à tous les propriétaires de la commune avec invitation de les placer aux lieux les plus apparents de leur propriété, tels que l’hôpital, les bâtiments d’exploitation, la case du commandeur et leur propre demeure.
Saint-Pierre, ce 31 mars 1848.
Signé: Husson.
Axé.